Concevoir une salle de mixage Dolby Atmos

Une salle immersive se décide avant l'achat des enceintes. Le volume, les proportions et la symétrie fixent une bonne part du résultat, et la couche de hauteur ne pardonne pas l'à-peu-près.

Commencer par la pièce, pas par la liste d'enceintes

Le réflexe courant consiste à choisir un format, puis à chercher où poser les enceintes. L'ordre inverse donne de meilleurs résultats. Une salle impose son comportement dans le grave par son volume et ses proportions, et aucune enceinte ne rattrape ce que la pièce dégrade.

Deux conséquences pratiques. D'abord, un format multicanal plus complexe ne garantit pas à lui seul un meilleur résultat : le volume, les proportions, la position d'écoute, le placement des enceintes et le traitement acoustique doivent rester compatibles avec la pièce. Ensuite, la hauteur sous plafond devient un critère de premier plan, puisqu'une partie des enceintes va s'y trouver.

À retenir

Le nombre de canaux est un choix de production. Le volume et les proportions de la pièce sont une contrainte physique, et c'est elle qui décide en premier.

La couche de base avant la couche de hauteur

La couche horizontale reste la fondation du système : c'est elle qui porte l'essentiel de la musique et des dialogues. Elle suit les conventions de la stéréophonie multicanale. La recommandation UIT-R BS.775-4 fournit la référence pour la disposition des canaux de la couche horizontale.

Les angles admissibles pour la couche de hauteur sont définis dans la documentation Dolby applicable à la configuration visée et peuvent varier selon celle-ci. Les citer de mémoire n'aurait pas de sens : ils se vérifient dans le document en vigueur au moment de la conception, qui évolue. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est l'exigence de régularité : les enceintes de hauteur doivent voir la position d'écoute de la même façon, à gauche comme à droite.

La symétrie est une contrainte de construction

Une enceinte gauche placée à 1,20 m de sa paroi latérale et une enceinte droite à 1,60 m de la sienne ne produisent pas les mêmes interférences. Les creux et les bosses ne tombent pas aux mêmes fréquences, et l'image sonore se décale sans qu'aucun réglage de niveau ne la remette droite.

C'est vrai en stéréo, et cela se démultiplie en immersif : chaque enceinte ajoutée crée son propre jeu de réflexions avec les surfaces qui l'entourent. Une salle immersive dissymétrique cumule les défauts au lieu de les moyenner. La symétrie se joue au moment du gros œuvre, pas au moment du câblage.

Câblage de puissance à l'arrière d'un rack d'amplification multicanal, borniers repérés canal par canal
L'amplification multicanale se planifie en même temps que l'implantation : le nombre de canaux fixe le rack, son alimentation et son refroidissement.

Le grave décide de la crédibilité de l'image

Dans une salle immersive, c'est souvent le grave qui trahit le premier une conception faible. Il est modal : sous une certaine fréquence, la pièce ne se comporte plus comme un espace ouvert mais comme un résonateur, avec des maxima et des minima fixes. Deux sièges distants d'un mètre peuvent y entendre deux équilibres différents.

Les leviers sont connus, et se prennent dans cet ordre : proportions de la pièce quand elles sont encore négociables, position des sources et de l'écoute, traitement du grave, puis répartition sur plusieurs caissons pour lisser la réponse sur l'ensemble des places. Le détail du mécanisme est traité dans notre guide sur les modes de pièce.

Le traitement passif d'abord, la correction ensuite

Une correction électronique agit sur le signal envoyé aux enceintes. Elle peut atténuer un pic de niveau. Elle ne peut ni remplir un creux dû à une annulation, ni raccourcir la durée pendant laquelle une résonance continue de sonner après l'arrêt du signal. Ce temps de décroissance se traite par l'absorption, c'est-à-dire par de la matière et du volume.

Poser la correction en fin de parcours, sur une salle déjà traitée, donne un résultat très différent de la même correction appliquée pour compenser une pièce brute. C'est aussi vrai pour la mise en interférence des enceintes avec les parois qui les entourent.

À retenir

La correction électronique arrive en dernier, sur une salle déjà traitée. L'ordre inverse consiste à masquer un problème au lieu de le résoudre.

Vérifier, plutôt que supposer

Une conception se valide par la mesure, pas par le calcul seul. Les outils de prédiction servent à comparer des scénarios avant les travaux, à écarter les implantations manifestement défavorables et à chiffrer un ordre de grandeur. C'est ce que fait Home Theater Maestro, édité par la même entreprise que ce site : ses prédictions sont des aides à la décision, et se confirment ensuite par des mesures réelles.

Nos deux salles immersives ont été conçues dans cet esprit : la Black Room en 9.4.4 et la salle Alcons en 7.4.4. Sur la livraison des fichiers eux-mêmes, voir comment livrer un projet Dolby Atmos Music.

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